On jase

On jase | La forme de l’eau

À l’intersection de la critique et l’analyse, On jase est une discussion décrontractée autour d’une oeuvre en particulier. Sans prétention, sans note ni verdict final, On jase alimente la discussion et laisse le soin au spectateur de se faire sa propre idée.

ATTENTION! CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS!

La forme de l’eau

Beauté, magie, rêve… Ce sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit quand je pense au dernier film de Guillermo del Toro. Le réalisateur mexicain a toujours eu ce don de nous transporter corps et âme dans un univers parallèle à la fois magnifique et inquiétant, dans la grande tradition du conte. La force de son style trouve racine dans sa capacité à balancer comme nul autre le monde du fantastique et du réel, avec des personnages et des situations à la fois improbables, mais possibles. Cela laisse donc toujours une couche de crédibilité, tel un pont permettant à tous les types de spectateurs de traverser du réel à l’imaginaire, tout en gardant leurs émotions authentiques.

Dans ce cas-ci, le pont traverse une rivière et dans cette rivière se trouve de l’eau, beaucoup d’eau. La matière liquide est évidemment le thème central du film, représenté ici par une forme solide, un être étrange capturé par des Américains dans le but de l’étudier, en espérant que celui-ci leur donnera une avance quelconque contre les Russes dans leur quête d’envoyer des hommes dans l’espace.

Mais revenons à cet être fascinant. Pour s’attacher au concept de l’eau, pour pouvoir le voir, le toucher, le comprendre, il fallait le représenter, le catalyser dans une forme tangible. Ici, cette forme a pris l’allure d’un grand homme amphibien qui vit principalement dans l’eau, mais peut passer du temps sur terre également. Il a de grands yeux qui laissent bien transparaître sa capacité à avoir des sentiments et son corps est quelque chose comme un mélange entre un poisson et un humain, sans toutefois que nous ne soyons jamais capables de bien définir de quoi il s’agit. Tout comme l’eau, la forme et l’identité de cet être sont au final intangibles, imperceptibles, incompréhensibles. Mais il est bien là, devant nous et tout autour, sans que nous puissions l’ignorer.

Tout ça est bien beau, mais la vraie question est la suivante: puisque l’eau doit avoir une forme, pourquoi a-t-elle pris la forme de cet être? Pourquoi est-il comme il est et pourquoi il agit comme il le fait?

L’eau est l’élément le plus essentiel sur terre. L’eau, c’est la vie. Elle a le pouvoir de la régénérer et de l’enlever également; et la créature fait tout cela dans le film. Il peut panser des blessures, même si ce sont des balles de fusil. Il peut aider un vieil homme à retrouver ses cheveux, même si c’était cause perdue. Il peut tuer également, tranchant une gorge ou mangeant la tête d’un chat. C’est un être complexe, imprévisible, comme l’est la mer sur laquelle on s’aventure.

L’eau est essentielle et source de vie, mais ce qui l’est tout autant est l’amour, la capacité d’aimer et de se faire aimer en retour. Elisa, le personnage principal magnifiquement interprété par Sally Hawkins, a bel et bien de l’eau qui coule de son robinet, mais est clairement à sec d’amour, d’amour inconditionnel surtout, vu sa condition de muette. Cette forme de l’eau ira donc remplir son réservoir, finissant même par l’en entourer tout autour, pour toujours. Être noyé dans l’amour, n’est-ce pas ce qu’on désire tous? C’est ce que nous illustre ce film d’une manière poétique, notamment lors d’une scène captivante ou Elisa remplit complètement sa salle de bain d’eau pour fusionner avec son nouvel amant.

Sally Hawkins

Les êtres purs sont sauvés, mais les impurs sont sacrifiés. Telle une mer agitée, il peut porter son jugement sur quiconque ne respecte pas son pouvoir, ou dans ce cas-ci sur quiconque se montre incapable d’empathie ou d’amour. C’est ce qui arrive au nébuleux Richard Strickland (interprété par Michael Shannon), incapable de chaleur, même avec sa propre famille et sa propre femme, préférant le silence au son des autres, probablement pour mieux s’entendre exister. Les derniers mots de Strickland sont d’ailleurs destinés à la créature en disant, médusé: tu es Dieu. Effectivement. La force de la nature a souvent été comparée aux mains de Dieu.

Michael Shannon

Tout est réfléchi, tout est relié, tout s’imbrique. C’est ce qui constitue en partie la magie de ce long métrage. Ce n’est sûrement pas un hasard si La forme de l’eau apprécie les œufs, source de vie. Ce n’était finalement pas pour rien qu’Elisa avait des marques au cou, signature permanente de l’opération à la source de son mutisme. C’est ce qui lui permet, au final, de pouvoir nager dans le bonheur. Et que dire de la couleur verte? Elle est partout: dans les distributrices à savon, dans les tartes …. Même les jellos! Le personnage de Giles (Richard Jenkins), dessinateur publicitaire qui travaille sur une affiche de jello rouge, se fait demander en cours de route de changer la couleur du jello pour du vert. Tout cela n’est clairement pas un hasard. Mais qu’est-ce que ça veut dire? On change la couleur du sang pour la couleur de la nature, de la vie? Allez savoir. Reste que ce film, au-delà d’une trame narrative enivrante, nous offre également une réalisation à couper le souffle, ou le thème et le propos rebondit de tous les côtés.

C’est dans des moments de grande tension que nous avons le plus besoin de l’intervention divine et c’est ce qui explique, je crois, le choix de l’époque; celle de la guerre froide. Sans compter le choix du contexte de la conquête de l’espace, les hommes tentant de jouer à Dieu eux-mêmes, mais se faisant prendre à leur propre jeu.

La forme de l’eau transmet un message nécessaire et intemporel dans une enveloppe envoutante et intrigante. À la fois drame, fantaisie et suspense, un pouvoir comme celui que possède La forme de l’eau inspirera l’envie et la jalousie de plusieurs, mais également l’entraide et l’empathie des autres afin de sauver tout ce que cet être représente de si précieux.

Au bout du compte, une chose est certaine, une fois qu’on a visionné ce film, on ne regardera plus notre bain de la même façon.

La forme de l’eau (2017) – Fiche IMDB

Long métrage de fiction (2h03m)

Aventure, drame fantastique

Réalisé par Guillermo del Toro

Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octovia Spencer, Michael Stuhlbarg et Doug Jones

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