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Denis Villeneuve | Pour l’amour du métier

Denis Villeneuve et Jake Gyllenhaal sur le plateau du film Enemy.

Le dimanche 25 février 2018 avait lieu la très attendue Leçon de cinéma de Denis Villeneuve, tenue au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts, organisée par Les Rendez-vous Québec Cinéma.

Devant une salle à la fois comble et intimiste, comme si nous étions tous une grande famille réunie dans son salon, le réputé cinéaste nous a ouvert la porte de son univers personnel, nous révélant ses pensées sur son parcours et ses projets.

Sans plus tarder, voici ce que j’ai retenu des confidences de Denis Villeneuve (fiche IMDb.)

SON PARCOURS

Denis Villeneuve lors de la course Europe-Asie en 1991 (Radio-Canada.)

Rencontre du troisième type (Close Encounter of the Third Kind), de Steven Spielberg, est le film à lui avoir définitivement donné l’amour du cinéma. Évidemment, cette référence est sans surprise et donnera le ton aux types de projets auxquels il s’attaquera dans sa carrière.

Au-delà des images, il est surtout épris de la quête de raconter une histoire, de faire vivre des sentiments à travers la conjugaison des images, du texte et de la mise en scène. Lui-même assez réservé, le cinéma devient alors sa voix officielle, débutant surtout à travers La course Europe-Asie (1990-1991), lui permettant d’explorer l’expression cinématographique en jouissant d’une liberté totale. Ce projet lui permettra de transformer la réalité en poésie, de créer de mémorables mosaïques à partir de morceaux dispersés et d’explorer le monde, entre autres choses.

Sur ce dernier point, il dit se sentir quelque peu imposteur d’être désigné comme un cinéaste québécois, lui qui fait surtout des productions américaines mettant en scène des histoires ayant lieux dans d’autres pays. Évidemment, la foule lui a rapidement fait comprendre qu’il n’en était rien. Malgré son travail à l’étranger, Denis Villeneuve demeure un québécois de coeur et participe grandement à la démonstration du talent et des valeurs d’ici.

Le réalisateur a souvent insisté sur l’importance des mentors et des collaborateurs, qui l’ont aidé tout au long à accroître sa passion et sa maîtrise du cinéma. Il a notamment mentionné son passage à l’UQAM, sa rencontre avec Valérie Beaugrand-Champagne (conseillère à la scénarisation), le comédien américain Jake Gyllenhaal ainsi que les directeurs photo André Turpin et Roger Deakins.

Dans une humilité qui est tout à son honneur, il donne beaucoup de crédit au travail d’équipe, cette mentalité permettant de produire chaque projet jusqu’à son plein potentiel. Son amour du cinéma vient d’ailleurs en partie de l’amour qu’il a pour cette fusion entre les collaborateurs, ce processus au cours duquel un groupe de personnes avec des intérêts différents se déploient tous au service d’une même oeuvre et d’un but commun.

Bien avant les résultats ou la popularité, Denis Villeneuve pratique ce métier pour ce qu’il est de façon intrinsèque.

INCENDIES

Sans nécessairement négliger son travail avant Incendies, il avoue que c’est seulement avec ce film qu’il a vraiment senti raconter une histoire pour la première fois. Avant, il se disait à l’aise avec la construction des images, mais moins avec la mise en scène. À l’aide d’un scénario béton adapté de la pièce de Wajdi Mouawad et avec l’aide de la conseillère à la scénarisation Valérie Beaugrand-Champagne, il réussit à imbriquer plusieurs morceaux afin de créer une structure narrative digne de ce nom ainsi qu’une réalisation au service de celle-ci, faisant des choix plus axés sur le propos et le point de vue.

Évidemment, Incendies sera ensuite son billet vers Hollywood, le film s’étant fait remarqué grâce à sa sélection dans la catégorie Meilleur film étranger aux Oscars de 2011.

ENEMY

Pour faire suite au travail de mise en scène amorcé par Incendies, Denis Villeneuve trouvait essentiel d’améliorer un autre aspect de son art: la direction d’acteurs. Il tenait à développer avec eux cette collaboration fusionnelle qu’il avait avec l’équipe technique et pour ce faire, il s’est offert un laboratoire en règle avec Enemy et Jake Gyllenhaal, ce dernier ayant besoin de se ressourcer avec des plus projets plus intimes et artistiques.

Avec un scénario de suspense des plus intrigants, les deux comparses s’offrent alors un tournage sans pression, tout en exploration et totalement dédié au jeu d’acteur, à la mise en scène et à l’inspiration du moment. M. Villeneuve se rappelait d’ailleurs un plan qui a été repris environ 80 fois, ce qui est très inhabituel dans un contexte professionnel. Les producteurs lui ont d’ailleurs avoué ne pas du tout savoir ce qu’il faisait du premier au dernier jour de tournage, mais qu’ils lui faisaient totalement confiance.

Fort de ce lien et de ce luxe d’exploration, Denis Villeneuve sort changé de cette expérience et il peut dire mission accomplie quant à sa relation avec la direction d’acteurs.

Malgré que le résultat n’ait jamais été pris en compte, il n’en reste pas moins que le film Enemy est un film à voir. La pureté du processus illumine ce film intriguant, un suspense intimiste d’une grande qualité.

SICARIO

Avec Sicario, Denis Villeneuve dit s’être offert un film avec de grandes ambitions techniques, mais détenant les moyens de les accomplir.

Il a notamment parlé de la grande scène de l’entrée des véhicules au Mexique, qui a pris au moins une dizaine de jours à filmer. Ici, le réalisateur se trouvait un peu à l’antithèse d’Enemy, devant mettre en évidence ses qualités de réalisateur technique pour rendre possible le tournage de cette scène minée par les contraintes de production. Il donne en exemple cette partie d’autoroute qu’ils ont dû construire au milieu du désert pour tourner le moment du poste frontalier, la production ne possédant pas les autorisations nécessaires pour tourner à l’endroit réel. Ensuite, pour les plans en hauteur, ils ont utilisé un hélicoptère en survolant l’endroit réel à l’heure de pointe. Au final, le casse-tête est réussi et on y voit que du feu.

Au-delà de la technique, il mentionne aussi des rencontres humaines mémorables, entre autre avec le comédien Benicio Del Toro, ce dernier lui suggérant l’idée de génie qui rendra à la scène finale toute la portée qu’on lui connait.

C’est également lors de ce tournage qu’il se fait approcher par les producteurs de Prisoners pour réaliser une certaine suite d’un film culte de Ridley Scott…

BLADE RUNNER 2049

Le projet avait tout d’un projet casse-gueule. En effet, comment rendre la suite d’un film culte aussi intéressante que l’originale? Comment ne pas risquer démolir ou miner la crédibilité de la franchise en ne faisant pas les choses correctement?

C’est par amour et un peu par crainte que quelqu’un d’autre rate son coup que Denis Villeneuve a accepté la mission. Lui-même ayant été grandement inspiré par le film de Ridley Scott, c’était un rêve que de pouvoir travailler sur ce projet.

Jouissant d’une relation de travail totalement saine et en confiance avec ses producteurs, le réalisateur remercie la vie d’avoir pu s’adonner à un exercice de style aussi puissant dans un contexte hollywoodien d’habitude plutôt rigide pour ce genre de film. Devant défendre plusieurs fois la longueur de l’oeuvre, la remettant lui-même en question à un certain moment, il ne regrette au final absolument rien.

Blade runner 2049 marquera la fin d’un intense chapitre pour le réalisateur, qui compte maintenant prendre un peu de recul avant de continuer avec la suite des choses.

 

VERS L'AVENIR

Dune (1984)

Le réalisateur travaille en ce moment sur le remake d’un autre film culte: Dune. Qu’à cela ne tienne, il ne faut surtout pas se fier aux apparences puisque le principal intéressé dit maintenant vouloir prendre un peu plus son temps avant d’aller vers l’avant, par souci de se donner plus de recul sur son travail. Les dernières années auront été fastes et intenses, roulant à un train d’enfer.

Il y a beaucoup de choses à retenir de cet entretien avec Denis Villeneuve, mais je retiens surtout la passion profonde d’un artiste pour son art. Denis Villeneuve est un homme de peu de mots, timide et humble, qui s’exprime principalement par la force de ses oeuvres et ses actions. Je retiens, dans le même sens, cette relation paradoxale qui a semblé teinter le début de sa carrière, à savoir sa volonté de raconter des histoires couplée à une certaine difficulté à trouver les bons mots ou le bon ton avec ses équipes et ses comédiens.

L’art soulève l’âme, possède le pouvoir de nous changer, nous émerveiller. Je trouve alors extraordinaire le parcours de ce réalisateur d’exception qui a non seulement su se libérer lui-même à travers ses oeuvres, mais a du même coup su offrir fierté, espoir et beauté à tout son public.

APARTÉ

 Il n’en a pas été question dans la conférence, mais je tenais à vous partager une oeuvre qui, selon moi, fait partie intégrante du réalisateur qu’est devenu Denis Villeneuve. Je parle ici du court métrage Next floor (2008), présenté dans plus de 200 festivals à travers le monde et ayant reçu près de 60 prix internationaux. Bon visionnement!

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