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Opinion | Où sont les courts?

La société moderne possède toutes les caractéristiques favorisant une éclosion majeure du court-métrage. Malheureusement, j’attends encore le moment où ce fantastique format se libèrera de ses chaînes pour aller rejoindre le grand public.

Écouter un court, c’est comme le doux plaisir d’écouter une chanson au lieu d’un album. C’est comme le plaisir de lire une nouvelle au lieu d’un roman. Vous savez, Stephen King a beaucoup écrit de nouvelles au début de sa carrière. Vous auriez aimé ne pas pouvoir lire Stephen King? C’est ce que je pensais.

D’une aussi grande qualité que le long, juste plus court, il y en a pour tous les goûts et tous les genres. De la comédie, du drame, de l’horreur, du suspense, tout le monde peut trouver son pied. Il y a même souvent vos comédiens et vos réalisateurs préférés. Ce sont des petits moments de bonheur tous plus divertissants les uns que les autres, faisant souvent preuve d’une audace et d’une singularité qu’on ne trouve pas dans le monde plus convenu du long-métrage.

C’est simple: vous prenez tout ce que vous aimez d’un film et vous le reproportionnez à un format qui se consomme comme des petits bonbons, le temps de votre trajet d’autobus, de votre file d’attente, juste avant de vous coucher ou en prenant votre café le matin. Le court-métrage se conformera à votre horaire surchargé et sera toujours avec vous, dans votre poche. Effectivement, contrairement à un film, vous ne verrez pas d’inconvénient à le consommer sur votre cellulaire ou votre tablette. Ça ne prendra pas beaucoup d’espace ou de données et vous pourrez l’écouter en rafale comme c’est la mode parce que ça le dit, c’est court.

Alors, vous avez hâte à votre prochain trajet d’autobus ou votre prochain café du matin? Malheureusement, il y a un problème: même si le format et le moyen de consommation semblent totalement en diapason avec l’époque, vous aurez beaucoup de difficulté à en trouver.

Souvent, pour visionner un court, il faut se déplacer au Saguenay pour assister au festival Regard ou bien encore se déplacer dans l’un ou l’autre des cinémas de répertoire à Montréal. Vous dites que vous ne ferez pas tout ce trajet pour 10 ou 20 minutes? Je vous comprends.

Prends ça court!, grande fête annuelle du court-métrage, est un événement louable et nécessaire puisqu’il fait partie des inititiatives voulant démocratiser le format. Comme les Oscars ou le Gala Québec Cinéma, Prends ça court! est une cérémonie de remise de prix visant à célébrer l’industrie et augmenter la visibilité des oeuvres. Ils ne font pas les choses à moitié non plus: un tapis rouge avec journalistes, des animateurs vedettes, tout y est. Cependant, pour visionner les courts en compétition, good luck with that comme on dit.

Paradoxal vous dites?

Il y en a bien éparpillé ici et là, un peu sur Youtube, sur Tou.tv, sur Kebweb.tv, sur le site de l’ONF, sur Viméo, … seulement, c’est extrêmement éclaté et il est absurde de penser que ça va prendre plus de temps chercher ton court que de l’écouter. Peut-être serez vous chanceux si vous avez un titre précis en tête, mais pour les découvertes, on repassera.

Il est absurde de penser que ça va prendre plus de temps chercher ton court que de l’écouter.

C’est bien dommage. À une époque où on pousse dans nos poches toutes les chansons et les films du monde, pourquoi diable ne nous pousse-t-on pas les courts-métrages en même temps? Dans l’optique où le cinéma québécois peine à rejoindre son public, pourquoi ne pas passer par l’autoroute universelle de l’internet et entrer directement chez les gens en leur proposant de façon concise et organisée ce format si bien adapté à la réalité de 2018? Où est le Netflix du court?

Le court-métrage a selon moi longtemps vécu en avance de son temps. Maintenant que le moment est venu, c’est à nous de saisir l’occasion.

Ceci dit, je ne suis pas dupe. Ayant moi-même participé à plusieurs tournages de courts-métrages, je connais les défis reliés à la distribution et la diffusion de ceux-ci. Premièrement, je sais que les courts sont souvent produits dans l’optique de contribuer au portfolio d’un jeune réalisateur. Il n’est donc pas toujours dans l’ADN d’un court d’être destiné au grand public.

La majorité du temps, cependant, un court-métrage désire exister de manière identique à un long, mais se retrouve coincé dans les règles très strictes des festivals et des investisseurs. Comme pour les films, les festivals représentent une plateforme essentielle pour gagner en crédibilité et en visibilité. Cependant, le prix à payer pour recevoir la gloire de ces prestigieux festivals est souvent de leur donner l’exclusivité ou l’honneur de la première, ce qui retire les oeuvres de la circulation pour un bon bout de temps.

Les investisseurs, de leur côté, jouent un peu au même jeu en demandant souvent une exclusivité sur leur plateforme en échange du financement.

Au final, même si les producteurs ont les moyens de payer le surplus requis pour la diffusion web aux comédiens, leurs oeuvres resteront cantonnées…

Tout ça est un bien beau casse-tête et rend plus compréhensible la difficulté des formats courts à rejoindre le grand public, mais les règles sont faites pour être réécrites et je crois qu’il est du devoir de l’industrie de se coordonner pour faciliter l’accès au visionnement des courts-métrages. En tant qu’artisan, je refuse que le public soit victime de ces dédales administratifs absurdes.

Le public québécois participe au financement des longs-métrages via la SODEC et a ensuite des moyens accessibles d’aller consommer son investissement. Sachant que la SODEC participe également au financement des courts avec l’argent des contribuables, pourquoi ne pas appliquer la même logique?

Chère industrie, je comprends les défis relevant de la diffusion des courts-métrages, mais pour l’amour de l’art, parlez-vous, mettez vos intérêts personnels de côté et trouvez une solution. Les courts ne sont pas des sous-produits, ce sont des oeuvres légitimes qui méritent autant de considération que les autres.

Les équipes de production font souvent beaucoup de sacrifices pour mener à terme un court-métrage qui vivra finalement une vie de réclusion, proscrit comme un moine dans son monastère. Au final, à quoi aura servi toute cette sueur si mon prochain ne peut même pas en profiter?

Dans le titre de l’article, je demande où sont les courts.

Au final, en tant qu’artisan et spectateur, je pose plutôt la question suivante: où sont mes courts?

QUELQUES COURTS

Pour votre plus grand bonheur, voici ici rassemblés de façon rapide et rudimentaire quelques courts-métrages disponibles publiquement sur différentes plateformes qui, j’en suis convaincu, sauront vous divertir 😀

Vous en connaissez d’autres? Je vous invite à les inclure dans les commentaires!

Bon visionnement 😎

Toutes des connes | François Jaros (également disponible sur Tou.tv)

Avec Guillaume Lambert, Marie-Ève Milot, Marie-Claude St-Laurent et Sarah Pellerin.

Next floor | Denis Villeneuve

Avec Jean Marchand, Mathieu Handfield, Emmanuel Schwartz.

Le technicien | Simon Olivier Fecteau

Avec Simon Olivier Fecteau et Pierre Collin.

Quelqu'un d'extraordinaire | Monia Chokri

Avec Magalie Lépine Blondeau, Anne Dorval, Sophie Cadieux, Anne-Élisabeth Bossé, Laurence Leboeuf, Émilie Bibeau, Évelyne Brochu, Marilyn Castonguay.

Imelda | Martin Villeneuve

Avec Martin Villeneuve.

La peau sauvage | Ariane Louis-Seize

Avec Marilyn Castonguay et Alexis Lefebvre.

Dedspell | Jack Hackel

Avec Matthew Kabwe et Claudia Jurt.

BANDES ANNONCES

Chef de meute | Chloé Robichaud

Shower / Douche | Marie-Ève Beaumont

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