Opinion

Opinion | Unsane et la victoire du contenu

La comédienne Claire Foy dans Unsane.

Le nouveau film de Steven Soderbergh, Unsane, sort en salles ce vendredi 23 mars (vous pouvez consulter l’horaire juste ici.) Voici pourquoi ce film devrait être considéré comme important et en quoi il m’a inspiré cet article.

Unsane, à la surface, est un film comme les autres: bande-annonce efficace, tête d’affiche bien connue, sortie en salles avec la campagne promo habituelle, bref, rien pour écrire à sa mère. Cependant, un détail a attiré mon attention: ce film a été tourné complètement sur iPhone. Quand on connaît ce fait, le reste prend une tout autre dimension: attendez, vous voulez dire qu’on peut faire un vrai film avec ce qu’on a tous dans notre poche arrière? Selon Steven Soderbergh, la réponse est oui.

La tendance n’est pas nouvelle: en 2015, le long-métrage de fiction Tangerine a également été tourné avec des iPhone. Seulement, Soderbergh n’est pas le premier venu. C’est un des réalisateurs les plus respectés de notre époque, ayant notamment apposé sa signature sur les films Erin Brockovich, Traffic, Ocean’s eleven, Solaris, Contagion, Magic Mike et bien d’autres. Disons seulement que quand un homme comme lui décide d’emprunter une certaine méthode de tournage, cette méthode gagne soudainement beaucoup de crédibilité.

Du côté technique, Unsane a été filmé avec des iPhone 7s, des lentilles de la marque Moment Lenses et l’application de tournage FiLMIC Pro. Je vous invite d’ailleurs à lire notre article dédié au tournage mobile pour en apprendre plus à ce sujet. 

Avec la possibilité du 4K et des capteurs de plus en plus sensibles à la lumière, l’écart de qualité entre les caméras professionnelles et les outils grand public se resserre. Qu’on se comprenne bien: un téléphone ne sera probablement jamais au niveau d’une caméra de tournage dédiée, mais ce qui est important, c’est de pouvoir dire que la qualité proposée est assez grande pour que ce ne soit pas dérangeant. En d’autres mots, on peut, en 2018, tourner sur un iPhone et se dire que notre film est légitime. C’est énorme.

Pourquoi? Parce qu’au-delà de l’avancée technologique, c’est surtout au niveau du contenu que c’est le plus significatif. Révolue l’époque où tourner de manière professionnelle rimait automatiquement avec de l’équipement lourd et hors de prix. Révolue l’époque où pour se sentir comme un vrai réalisateur, il fallait être équipé d’une caméra plus grosse que notre tête.

Soderbergh explique que le choix de tourner avec des iPhone a surtout été motivé par le besoin de rétrécir l’écart entre l’idée et l’exécution, enlever la technique du chemin et obtenir la chance de s’exprimer le plus librement et rapidement possible. Comme il le dit lui-même: prend un scénario, un iPhone et va tourner. Tout simplement.

Un accès aussi facile à l’expression artistique est une excellente nouvelle, mais si tout le monde utilise les mêmes outils, comment est-ce possible de se démarquer?

Il n’a jamais été vrai que du matériel pouvait faire preuve d’imagination à notre place ou pallier pour un manque de contenu. Le simple fait d’utiliser la même caméra que Spielberg ne nous transforme pas automatiquement en génie du 7ième art. Faux également de croire qu’une explosion d’effets visuels peut compenser pour un scénario moyen.

C’est paradoxal, mais toutes ces avancées technologiques nous auront finalement permis de revenir à l’essence même du cinéma: le scénario, le jeu des acteurs, le cadrage, la mise en scène… C’est comme ça qu’on se démarque. À armes égales, l’artiste sera forcé de miser sur sa capacité à mettre de l’avant un contenu intéressant et sa manière de l’exprimer. Quand la fumée technique se dissipe, il ne reste que le talent et le propos. En tant qu’artiste, qu’est-ce que j’ai d’intéressant à dire? Est-ce que je l’exprime clairement? Est-ce que je touche les gens?

J’ai vu Unsane en avant-première et je peux vous affirmer que Soderbergh, lui, est un artiste d’exception peu importe les outils mis à sa disposition; c’est un film brillant. Un scénario de suspense bien ficelé, des comédiens convaincants, une mise en scène inspirée au service de l’histoire… Si plus de Soderbergh en devenir peuvent s’exprimer et se révéler grâce aux iPhone de ce monde, ce n’est pas une menace pour notre cinéma, mais plutôt la meilleure nouvelle depuis sa création.

Le public, ayant maintenant accès à une panoplie d’oeuvres techniquement équivalentes, se forgera une opinion sur la base de la seule chose qui devrait compter: le contenu et le talent. Dans ce nouveau Far West, pendant que certains artistes se feront enfin justice, beaucoup tomberont au combat et les propositions vident de sens se feront vite démasquer. Personne ne s’en plaindra.

Grâce à Unsane, il a maintenant été prouvé que c’est l’artiste qui définit ses outils et non le contraire.

Grâce à la technologie, nous pouvons enfin dire que le contenu a gagné.

C’est fou.

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