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Classe de maître sur l’écriture de séries policières

Les scénaristes Luc Dionne, Martin Michaud et Marten Klinberg.

Dans le cadre du Printemps Nordique avait lieu, le mardi 10 avril dernier à la Cinquième salle de la Place des arts, la classe de maître sur l’écriture de séries policières. Sous forme de discussion décontractée, les scénaristes québécois de renom Luc Dionne (Omertà, District 31), Martin Michaud (Victor Lessard) ainsi que le populaire scénariste suisse Marten Klingerg (Beck) se sont ouverts sur leurs motivations et leurs recettes menant à un scénario réussi.

Voici donc, sous forme de citations, les meilleurs moments de cette agréable soirée.

Les scénaristes et les deux animateurs, discutant devant une salle comble et conquise d'avance.

Je comprends que vous avez posé des micros dans la maison du chef de la mafia, mais je veux savoir comment!

Luc Dionne

Se faisant demander ce qui le motivait à écrire ce genre de série, Luc Dionne répond que c’est l’obsession du détail. Il relate cet entretien avec une source policière, qui lui expliquait que pour pincer le chef de la mafia, ils ont mis des micros dans sa maison. Loin d’être satisfait, Dionne voulait plutôt savoir comment ils ont fait ça? Avec raison, le coloré scénariste arguait qu’on ne rentre pas chez le chef de la mafia comme dans un moulin! Il doit y avoir des gardes, des caméras, etc… Quel est le plan?.. C’est cette partie de l’équation qui l’obsède et le fascine. Il ajoutera aussi qu’en série policière, l’amour et la connaissance du procédé sont un prérequis, la véracité étant une partie essentielle de l’exercice.

Ce qui m’intéresse d’abord en série policière, c’est le drame.

Marten Klinberg

On pourrait croire que ce qui attire les gens dans ce genre de séries est le sang, les fusils et les badges, mais pour Klinberg, l’intérêt était plus noble. Venant du drame, il trouvait intéressante l’opportunité de creuser encore plus les dédales du comportement humain. Qu’est-ce qui motive la violence? Quel en est l’impact sur les autres? Selon lui, un homicide est en fait l’expression la plus extrême d’une relation qui tourne mal et en ce sens, il était fasciné par cette possibilité d’explorer l’aspect plus organique de la chose.

Luc Dionne a changé ma vie trois fois!

Martin Michaud

Michaud a rendu hommage à Luc Dionne en expliquant que le réputé scénariste avait beaucoup à voir dans son intérêt d’écrire lui-même des séries policières. Il explique que c’est en regardant Omertà qu’il s’est senti interpellé pour la première fois en tant que spectateur et qu’enfin, on avait au Québec un genre qui se trouvait seulement chez nos voisins du sud ou ailleurs. Donnant en exemple la scène de l’urinoir entre Luc Picard et Michel Côté (on se lave les mains avant ou après?), il explique que c’est d’abord ce genre de petite chose, le passe-moi le beurre, qui l’intéresse. Comme Dionne, il est donc fasciné par les détails du métier, mais aussi par les moments ordinaires de ces gens à la vie non ordinaire.

Des fois les gens nous comptent leur fin de semaine et c’est tellement plate!

Luc Dionne

Luc Dionne explique ainsi de manière colorée que le métier de raconteur ne s’apprend pas. Comme il dit si bien: tu l’as ou tu l’as pasRelatant comment l’acte d’écrire est souvent périlleux, il rappelle qu’avant de raconter, il faut surtout avoir quelque chose à dire et être bien motivé de le transmettre. Sur son saut en réalisation, il explique justement que de passer devant la caméra lui aura permis de devenir un meilleur raconteur, le servant dans son métier de scénariste.

On aime la fiction parce que ça apporte des réponses à la violence qui est mise en scène. 

Martin Michaud

Très intéressante cette réflexion de Michaud qui explique que dans la vraie vie, les gens commettent des actes de violence et que malgré notre volonté de trouver des raisons, nous nous retrouvons plus souvent qu’autrement désemparés par le manque de réponses. En fiction, cependant, la violence est souvent justifiée et nous nous trouvons ainsi rassurés de savoir que ces actes ne sont pas commis gratuitement (bien que les motivations restent évidemment discutables.) Ceci expliquant cela, c’est fort probablement une raison principale de l’intérêt des gens envers les séries policières.

La scène est dramatique, mais c’était supposé être drôle! 

Luc Dionne

En nous faisant visionner une scène de District 31 (où le personnage de Magalie Lépine-Blondeau tente de convaincre Michel Charette d’accepter une enquête de disparition d’enfant), Luc Dionne explique que parfois, il faut accepter que les intentions changent entre l’écriture et le résultat final. En effet, le scénario voyage dans plusieurs mains et la lecture que chacun en fera dépendra de leurs valeurs, de leur vision et de leur expérience de vie. Même si c’est parfois frustrant, il faut apprendre à laisser aller dans le meilleur intérêt du projet, les différents intervenants apportant en bout de ligne plus de viande au scénario.

Le scénario est souvent ce qui arrive en dernier.

Marten Klinberg

En parlant de sa méthode de travail, Klinberg explique que l’écriture est avant tout de la réflexion. Quels sont la structure, le traitement, les personnages, … c’est seulement après avoir statué sur ces éléments qu’il est possible pour lui de commencer l’acte d’écrire. Dionne et Michaud abondaient dans même sens, stipulant que la réflexion constituait probablement la majeure partie de leur travail. Dionne expliquait que pour se sentir prêt, il devait absolument connaître par coeur le passé et la personnalité de tous les personnages et qu’en ce sens, il écrivait parfois une bible plus grosse que le scénario en soi!

Pour District 31, je dois sortir 160 pages par semaine!

Luc Dionne

Le nombre de pages a bien fait jaser! Pour sa quotidienne, Luc Dionne doit en produire 160 par semaine. De son côté, Michaud en produit environ 53 aux 3 semaines. Klinberg, lui, travaille à un rythme de 7 ou 8 par jour. Évidemment, les deux derniers scénaristes ne travaillent pas sur des quotidiennes, mais il reste que 160 pages, c’est énorme! Ça équivaut à environ trois heures de matériel! Par semaine! Plusieurs scénaristes prennent des années à écrire un long métrage d’une heure et demie. Ne croyant pas y arriver au départ, Dionne compare l’exercice à un entraînement, une discipline de vie. Il faut se lever tôt, se coucher tôt et rester en forme. Pas trop de vin! Comme un athlète professionnel, on arrive à performer ainsi en s’y conditionnant à répétition. Évidemment, pour ne pas constamment être retardé par les soucis de véracité, il faut connaître son milieu sur le bout des doigts, en occurence le milieu policier. Il spécifie tout de même que malgré l’expérience accumulée, il n’y a pas de miracles, ses textes sont souvent livrés à la date limite.

Écrire, c’est souffrant.

Les trois scénaristes

Dans la vie, il n’y a rien de facile. Même si on parle d’écriture, un travail reste un travail et n’importe quoi qui demande une obligation de résultat devient éventuellement ardu. Parlant de leur quotidien, les trois scénaristes ont relaté tour à tour à quel point l’acte d’écrire était souffrant, comme un poids, en plus d’être physiquement éprouvant. En effet, chaque mot est un accouchement difficile, résultat d’une longue réflexion. Ne pouvant pas se permettre de seulement attendre l’inspiration, les scénaristes doivent parfois faire preuve de créativité, Michaud ayant notamment tenté de débloquer en retournant à l’écriture manuscrite (avec succès!) Le fait de ne pas s’empêtrer dans la mise en page, de simplement cracher les mots, lui a permis de retrouver sa liberté, son laisser-aller alors perdu. Aux trois, il leur arrive souvent de croire que tout ce qu’ils ont écrit est carrément mauvais et qu’ils sont des imposteurs. Luc Dionne a même déjà jeté aux poubelles une semaine complète de District 31 (160 pages) pour tout réécrire à la dernière minute.

Prends le dictionnaire, tout le scénario est dedans. Il ne te reste qu’à mettre les mots en ordre!

Luc Dionne

Faisant preuve de brillante répartie, c’est ce que répond Luc Dionne à quiconque commence à lui mettre trop de pression. C’est également un bel hommage au travail de scénariste, illustrant sans équivoque le talent requis pour non seulement transmettre un propos, mais surtout le transmettre de la manière la plus éloquente possible, en apposant les bons mots aux bons endroits. Comme mot de la fin, on ne trouve pas mieux! Cette réplique a d’ailleurs soulevé un torrent d’applaudissements dans la salle.

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