Analyse

The Haunting of Hill House | Un plan-séquence et une série impressionnante

Sortie un peu de nulle part, sans grandes promesses, la série d’horreur de Netflix The haunting of Hill house (ou La dernière demeure des Hill en français), qui relate l’histoire d’une famille éprouvée par les manèges d’une maison hantée, ne cesse de surprendre et de récolter les éloges. Avec raison. Dès les premières minutes, nous sommes totalement happés et nous comprenons promptement qu’il s’agît d’un produit supérieur. Plus on l’écoute et plus on y repense (parce que oui, cette série vous suivra jusque dans votre sommeil), plus on se rend compte des nombreuses couches et de la profondeur de l’oeuvre.

En ce sens, Netflix a récemment publié de courts vidéos nous donnant accès au processus de réflexion et de création de la série. En écoutant le réalisateur Mike Flanagan, on saisit rapidement la source de cette approche différente.

Dans un film de 90 minutes, tu peux t’en tirer en faisant peur aux gens deux ou trois fois, mais ici, dans une série d’un peu plus de 10 heures, les règles sont complètement différentes. Je voulais donc bâtir un climat de tension et le maintenir le plus longtemps possible.

Mike Flanagan, réalisateur

La durée de l’oeuvre, donc, a grandement influencé la décision du réalisateur d’adopter une approche davantage dirigée vers l’ambiance que vers les sursauts purs, bien que nous en ayons quand même pour notre argent à ce niveau. Cependant, ceci n’explique pas tout. Le génie de Hill house est largement dû à sa redéfinition de l’horreur, à quelque chose qui a quitté la surface pour nous hanter beaucoup plus profondément, à quelque chose de moins visible mais de plus omniprésent, intimement relié aux personnages et à leurs psychologies. Ici, il y a lieu de penser que l’inquiétante maison, paradoxalement source de conflit et de résolution en même temps, représente la peur de l’éclatement, le potentiel que chaque famille possède de se fragmenter et se réconcilier à la fois.

Je voulais revenir à l’essence de l’horreur, à quelque chose de beaucoup plus profond que le simple fait d’avoir peur… Notre vie est pleine de fantômes et ils prennent plusieurs formes, que ce soit des souvenirs, de la honte, du regret ou de la culpabilité.

Mike Flanagan, réalisateur

Contrairement à une porte qui claque ou à un bruit soudain, ce type d’horreur n’apparaît pas soudainement pour ensuite disparaître après l’effet. En tant que spectateurs, nous n’avons donc aucun répit, puisque la peur est partout, elle poursuit tous les personnages, à chaque instant. Elle est reliée à leurs sombres secrets, leurs problèmes et l’anxiété que tout cela les consume engendre. Bien entendu, il y a des fantômes et du tangible, mais ce sont des fantômes qui proviennent de l’intérieur, une matérialisation de nos démons aussi effrayante que les sentiments qui s’y rattachent. Quand l’épouvante prend racine de manière aussi profonde, l’horreur ressentie ne s’en voit que décuplée.

Le genre de l’horreur a changé. Avant, on se satisfaisait de seulement faire sursauter les gens, mais maintenant, l’audience est beaucoup plus sophistiquée.

Mike Flanagan, réalisateur

Mike Flanagan a raison. Que ce soit parce que l’offre s’est raffinée ou parce que le public a changé, il n’en reste pas moins que plusieurs titres d’horreurs différents, empruntant cette voie plus psychologique, on fait surface dans les dernières années. Il n’y qu’à penser à Héréditaire (lisez notre critique juste ici), It follows, Get out ou The witch, ces oeuvres ayant tous en commun de redéfinir le genre par le scénario, par l’horreur du drame.

Tout cela est bien beau et il est vrai que la qualité du scénario a énormément à voir avec le succès de Hill house, mais il ne faudrait pas non plus sous-estimé l’apport de son incroyable cinématographie. Des plans somptueux, des contrastes voluptueux ainsi que des cadrages et une lumière qui parlent constituent tous un aspect d’importance au succès de la série.

Ici, encore une fois mis en évidence par un vidéo de Netflix, nous avons accès au processus ayant mené à un plan-séquence des plus impressionnants, honnêtement un des accomplissements techniques les plus époustouflants que j’ai eu la chance de voir. Cette bluffante mise en scène apparaît à l’épisode 6 de la série, un moment particulièrement charnière où tous les personnages arrivent à l’apogée de leurs tourments en même temps.

Cet épisode s’est finalement retrouvé à être un des défis les plus difficiles que j’ai eu à surmonter dans ma carrière. Le décor a été entièrement construit avec cet épisode en tête.

Mike Flanagan, réalisateur

La caméra se déplace du salon funéraire à la maison, du présent au passé, sans jamais s’arrêter. Comme un long crescendo, la scène de 18 pages se consomme d’un seul trait, non seulement pour mettre l’emphase sur l’impact que chaque moment entretient l’un envers l’autre, mais également pour signifier que c’est aussi la succession effrénée de ceux-ci qui est effrayante. Cette chorégraphie enlevante, ce plan-séquence sublime, est la métaphore ultime de tout cela et de l’étourdissement psychologique que les personnages vivent à ce moment de l’histoire.

Cette scène est le résultat d’une centaine de personnes qui doivent exécuter des dizaines de tâches, tous en synchronisme.

Mike Flanagan, réalisateur

Effectivement, un tel accomplissement ne se fait pas en claquant des doigts et dans le vidéo, il est impressionnant d’assister au grand ballet de tous ces techniciens qui installent et enlèvent des éléments de décors et d’éclairage, avant ou après que la caméra arrive, pour ensuite aller se positionner au prochain plateau.

Au-delà de l’équipe technique, il ne faudrait surtout pas oublier les comédiens (et il y en a énormément), eux qui ont aussi travaillé des jours sur cette scène. Après tout, aussi bien rodé la technique puisse être, si quelque chose flanche devant la caméra, tout est à reprendre!

À un certain moment dans la scène, tu te dis que la seule chose que tu ne veux pas faire, c’est de gâcher la prise! D’une autre côté, tu ne peux pas te permettre d’être trop prudent, car la scène serait ennuyeuse. Il n’y a donc pas d’autre choix que d’y aller à fond.

Michael Huisman, comédien

The haunting of Hill house est présentement disponible sur Netflix (cliquez ici pour y accéder), et bien qu’aucune saison 2 n’ait encore été confirmée, il y a fort à parier que ce sera de retour étant donné les critiques enthousiastes. Du moins, c’est ce qu’on souhaite!

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BANDE-ANNONCE DE LA SÉRIE

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